Philippe Cote


[LES SEANCES DU COLLECTIF JEUNE CINEMA]
avril 28, 2012, 1:28
Filed under: Agenda

SEANCES SPECTRALES

le 10/05/2012 à 20h30

Lieu : LA CLEF (34, rue Daubenton, 75005 Paris, M. Censier-Daubenton)

SEANCES SPECTRALES : Impressions fantomatiques, interprétations fantasmagoriques, spectres optiques et sonores en recomposition et décomposition intempestives, diffraction de temps passés, hallucinations sensorielles, expériences mémorielles. Venez vous laisser hanter par ces impressions spectrales!

SEANCE SPECTRALE I
10/05/2012

Parties visible et invisible d’un ensemble sous haute tension/ Emmanuel Lefrant / 2009 / 7mn

Ouverture/ Christopher Becks / 2010 / 5mn

Between images III (Laura and the black crystal suns)/ Helene Garberg / 2012 / 10mn

Action study/ Richard Kerr / 2008 / 5mn

Levure / Maplo / 2012 / 2mn

De Dentro / Peter Beyer / 2006 / 10mn

Rose / Robert Todd / 2008 / 8’45mnDisorient / Florence Aigner et Laurent Van Lancker / 2010 / 36mn

SEANCE SPECTRALE II
14/06/2012

Kick that habit man ! / François Miron / 2007 / 2mn

Ville Marie / Alexandre Larose / 2010 / 12’30mn

Zentrale / Dietmar Brehm / 2009 / 9mn

The study / Fabrice Lauterjung / 2009 / 11mn

Spectral Cycle / Jacques Perconte / 2009 / 5mn
+ EL KINO UPS YOU YEARS ! de Metalking
– – –

Les films de ces deux séances proposent de faire l’expérience de perceptions  inattendues. Le spectateur découvre des images informes où couleurs et figures ne sont plus forcément liées et se brouillent. La bande-son redouble ces impressions fantomatiques. Souvent asynchrone avec l’image, elle est à découvrir en tant qu’élément sonore autant qu’élément narratif. L’aspect acoustique, « le bruit de la langue », concurrence une recherche d’exactitude sémantique. Le son vient hanter et démultiplier la perception visuelle déjà équivoque.

La notion de spectre est interrogée au cœur de ces films de manière analytique. La potentialité de présences fantomatiques advenues ou à venir n’est en fait que la décomposition et la recomposition de spectres lumineux et sonores. La bande son est à voir comme une « musique spectrale » qui se répercute à l’image de manière chromatique. Les couleurs se diffractent, le noir et blanc cohabitent parfois avec les couleurs du spectre optique pour n’exprimer que l’absence ou la présence de l’intensité de la lumière.

Emporté dans une expérience qui l’implique de manière optique et auditive, c’est-à-dire physiquement, le spectateur retrouve implicitement et à rebours l’origine illusionniste du cinéma. Les origines du réalisme cinématographique ainsi questionnées amènent le spectateur à ressentir la représentation photographique pour ce qu’elle est : une image « spectrale », et lui montre son envers, sa matérialité physique argentique ou numérique.

La découverte de ces « corps » et de ces « voix » spectrales convoquent les interprétations fantasmagoriques. Nos attentes perceptives tant visuelles que sonores s’effritent et nous oblige à tisser des liens avec nos souvenirs en suggérant les interprétations polyphoniques. Le rythme de ces films invitent et incitent à retrouver une pensée visuelle à travers une expérience impressionniste forcément intempestive. Le fantastique se subjectivise pour devenir hallucination sensorielle. Le temps de l’œuvre et celui de sa réception ne font plus qu’un.

Ces traversées spectrales proposent au spectateur la vision d’un temps passé. Le cinéma est une machine à remonter le temps. Un temps à retrouver qui est celui stratifié de l’acte créateur. L’ « appréhension » de la matière cinématographique que fait le spectateur correspond de manière spéculaire à celle du cinéaste qui est à voir comme un premier spectateur de ses images en mouvement qui passe le relai au public. Ce dernier doit abandonner toute logique de reconnaissance pour retrouver un rapport au cinéma de l’ordre de l’exploration et de la réflexion et non de l’identification.

Le rapport au récit devenu spectral nous rappelle que le temps passé est lié à notre mémoire qui est forcément évanescente. Les deux termes homonymes, le spectre physique (autant visuel que sonore) et le spectre « fantomatique » se font écho. Tel un ruban de Moebius, la réception de ces films propose un rapport au réel méditatif et libertaire.

G.R

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(image : Richard Kerr)

Date : 10/05/2012



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