Philippe Cote


L’expérimentation documentaire
avril 5, 2015, 12:20
Filed under: Fleurs secrètes

Appel à communications

Université Lumière Lyon 2, 19-21 novembre 2015

Colloque International : « L’expérimentation documentaire »Depuis quelques années, les festivals de cinéma tendent à croiser, voire à dépasser les frontières  entre le documentaire et le cinéma expérimental. Le « documentaire expérimental » s’affirme dans les festivals de cinéma documentaire, du FID Marseille au Cinéma du Réel en passant par les États généraux du film documentaire de Lussas. Inversement, de nombreux festivals de cinéma expérimental s’ouvrent désormais à des pratiques documentaires : c’est le cas par exemple du Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris. Des festivals consacrés au documentaire expérimental ont vu le jour, dans différents pays : par exemple PDX Festival à Portland (depuis2001), exDOC à Cologne (depuis 2004), UnderDox à Munich (depuis 2005), Fronteira à Goîania (Brésil, depuis 2014). Pourtant, ce croisement entre l’expérimentation et le documentaire a une longue histoire faite de moments fort hétérogènes, trace souvent réprimée d’un décloisonnement et d’un débordement entre les « genres » établis. Dans le cadre du Festival d’Oberhausen par exemple,se rencontrent depuis les années 1950 des films tous bords confondus, de l’animation au film pédagogique, du film d’art à la fiction brève, grâce à l’étiquette générique de « court-métrage ». Ainsi, on ne saurait séparer le constat autour de l’actualité de la nécessité d’une interrogation historique et théorique de ces phénomènes, dont finalement le cinéma n’a eu de cesse de proposer des déclinaisons, des réinventions et des débordements, des avant-gardes des années 1920 aux pratiques contemporaines.
De leur côté, les études cinématographiques ont connu depuis les années 1990 un regain d’intérêt pour les pratiques hybrides, pour le partage toujours mouvant entre fiction et non-fiction (voir l’ouvrage récent de Jacques Aumont, Limites de la fiction, Bayard 2014), pour la redéfinition de catégories établies comme celles de cinéma expérimental et de cinéma documentaire. Plutôt que prôner la disparition des partages ou au contraire une volonté classificatoire, il nous intéresse d’étudier la productivité des rencontres, des déterritorialisations et des dialectiques réciproques entre ces deux traditions. Du point de vue de l’« expérimentation documentaire », on a souvent privilégié la seule perspective d’auteur par rapport à l’étude plus méthodique de ces phénomènes (voir par exemple l’ouvrage co-dirigé par Casimiro Torreiro et Josetxo Cerdan, Documental y vanguardia,Catedra, 2005). Aux frontières du cinéma, on peut constater que l’art contemporain redécouvre son rapport au réel (le « retour au réel » constaté par Hal Foster il y a 20 ans) et qu’il hérite de la tradition du cinema documentaire, en lui donnant un nouveau souffle (Dominique Baqué, Pour un nouvel art politique ; de l’art contemporain au documentaire, Flammarion 2004 ; Aline Caillet,Dispositifs critiques, PUR 2014).
Cet ensemble de réflexions nous conduit finalement à réinterroger la manière dont s’écrit l’histoire des formes filmiques, à l’aide de recherches menées par des spécialistes à la fois du cinéma documentaire et du cinéma expérimental, issus de cultures différentes. Des ouvrages comme Le cinéma, art subversif d’Amos Vogel ou Jeune, dure et pure ! (co-dirigé par Nicole Brenez et Christian Lebrat) indiquent la voie d’un foisonnement de formes filmiques qui contredit les cadres socio-esthétiques établis et réinventent l’histoire du cinéma à partir de ses marges. Dans ce contexte,on essayera de comprendre les enjeux d’une pensée à la fois expérimentale et documentaire du cinéma, à l’aide surtout de pratiques liminaires, souvent marginalisées par les historiens. Pour cetteraison, seront privilégiés, lors de l’examen des propositions de communication, des réalisateurs etdes films moins connus, ainsi que des relectures originales d’œuvres plus reconnues. Des films de Frederick S. Armitage à l’œuvre numérique d’Ernie Gehr, du Studio Béla Balazs en Hongrie à l’ICAIC cubain, l’expérimentation du réel n’aura eu de cesse de devancer, d’ébranler ou de dialectiser les pratiques de la représentation, ou au contraire de la transfiguration du réel.
Le Colloque se propose d’explorer l’inventivité formelle et le potentiel subversif du croisement entre le documentaire et le cinéma expérimental ou d’avant-garde, par-delà une opposition factice, mais toujours renouvelée, entre formalisme et réalisme, entre subjectivité et objectivité de l’image cinématographique. Il suffit pour cela de relire les textes des « formalistes » russes, à commencer par « L’art comme procédé » (1917) de Viktor Chklovski, pour comprendre que la « non-reconnaissance », l’ostranenie (estrangement) a pour but « la libération de l’objet de l’automatisme perceptif » et un rapport intensifié au réel. Nous ne sommes pas loin de l’exploration à la fois scientifique et visionnaire qu’avance Stan Brakhage par son cinéma, lui qui disait envisager le cinéma comme une « aventure perceptive ». Au vingtième siècle, le constructivisme, le pragmatisme, le surréalisme ou la phénoménologie ont été parmi les moments privilégiés où une rencontre entre réalisme et formalisme aura été possible ; d’autres arts, comme la photographie d’avant-garde, en ont fourni des expériences esthétiques marquantes.Sans prétention d’exhaustivité, nous avons identifié cinq axes qui correspondent à autant d’approches possibles des questions que nous avons l’intention d’aborder lors de ce Colloque International :

– « Le documentaire d’avant-garde » : retour sur des pratiques cinématographiques trop souvent interprétées par le filtre d’une opposition entre réalisme et formalisme. Des approches croisées entre le cinéma et d’autres arts, notamment la photographie, sont encouragées.

 – « L’approche documentaire des cinéastes expérimentaux » : de Stan Brakhage à Peter Hutton, innombrables sont les cinéastes expérimentaux qui se sont confrontés à une appréhension documentaire du réel, dans toute l’histoire du cinéma.

–  « Le documentaire comme film expérimental » : à partir d’une appréhension plus scientifique de la notion d’expérimentation, on songera par exemple aux débuts du cinéma-vérité (Morin qualifiait Chronique d’un été de film « expérimental ») et du cinéma direct,qu’on ne saurait séparer de sa visée expérimentale, déjà fondamentale pour Dziga Vertov.

–  « Le documentaire engagé ou militant comme expérimentation du réel » : plutôt qu’opposer le cinéma militant et l’expérimentation formelle et/ou essayiste, on envisagera ici leur co-présence, même dialectique (à l’image du Groupe Dziga Vertov, par exemple).

–  « Le film-essai comme expérimentation documentaire » : ce sera l’occasion de revenir sur la notion de « film-essai » qui connaît un regain d’intérêt dans les dernières années, et que notre approche permettra de réinterroger (on rappellera que Hans Richter, qui fut le premier à fournir une véritable théorie de cette notion en 1940, y voyait « une nouvelle forme de cinéma documentaire »).

Les propositions de communication (une page maximum), accompagnées d’une bio-bibliographie(dix lignes maximum) sont à envoyer aux adresses ci-dessous avant le 15 mai 2015 :

Jacques.Gerstenkorn@univ-lyon2.fr

Magali.Kabous@univ-lyon2.fr

Dario.Marchiori@univ-lyon2.fr

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