Philippe Cote


UNGLEE
décembre 9, 2015, 7:55
Filed under: Agenda

Mercredi 16 décembre à 19:00
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou, 75004 Paris

En présence d’Unglee et de Vincent Simon

Unglee aime cultiver le mystère. Artiste et photographe tulipomane, son apparition dans le milieu du cinéma expérimental français à la fin des années 1970 fut particulièrement remarquée et prolifique. A la fois élégants et tragiques, les sept films qu’il réalisa sur une courte période dessinent les contours d’un cinéma à l’identité singulière, partagé entre fascination du présent et nostalgie de la perte.

Séance organisée à l’occasion du récent don fait par l’artiste de ses films au Centre Pompidou.

C’est Fou, 1977, 16mm, coul, son, 12min
Chérie, que veux-tu ?, 1978, 16mm, coul, son, 27min
Radio Serpent, 1980, 16mm, coul, son, 12min
Paris Plage, 1982, 16mm, coul, son, 19min
Tulipes Aquatiques, 1992, 16mm, coul, son, 5min

Unglee
par Vincent Simon

« Quand il commence à réaliser des films, en 1976, alors qu’il est encore étudiant en cinéma, Unglee est déjà inventeur et fabricateur de mythes. Il est fasciné par la capacité des puissances du faux à sublimer les êtres, les rendre plus désirables et, ce faisant, révéler celles de leurs potentialités qui demandent un effort de perfectionnement, de raffinement, de mise en scène, pour éclore. Ce goût l’a conduit vers le cinéma d’Hollywood, son glamour, ses stars. Nécessité ou vertu, il a porté la puissance illusionniste du cinéma au carré en choisissant la voix « expérimentale » ou « underground », celle ouverte par des artistes comme Kenneth Anger, Jack Smith, les frères Kuchar ou Andy Warhol, qui consiste à reproduire en miniature les appareillages splendides de la grande machine hollywoodienne. Voyez par exemple Chérie, que veux-tu ? (1978), le premier grand opus d’Unglee, qui lui valut une sélection au festival de Cannes : l’histoire d’une rencontre amoureuse réduite à ses trois moments préliminaires, l’apprêtement de soi, le fantasme de l’autre, le dîner au restaurant. La suspension du récit avant d’en arriver au rapport entre deux êtres a-t-elle été contredite par Paris Plage (1982), deuxième grand opus et première et dernière incartade d’Unglee dans le cinéma narratif traditionnel ? Rien n’est moins sûr. Cette histoire de coup de foudre, dans laquelle le désir mutuel des protagonistes est médiatisé – et en partie raté – au moyen de Polaroids, ne cesse de tourner autour du dit rapport, fête d’une présence de et à l’aimé dont la joie est ternie par sa disparition. Ces deux films sont assimilables à des drames, d’autres (Autoportrait en blanc et noir [1977] ; C’est fou [1977] ; Radio-Serpent [1980]) relèvent du spot publicitaire et du portrait. Ces deux fonctions sont identifiées dans l’œuvre d’Unglee. Il ne conçoit pas le portrait comme une mise à nu, bien plutôt comme la reconstruction de l’image par laquelle une personne ou un groupe de personnes (par exemples les « branchés » qui peuplent l’appartement de Benjamin Baltimore dans Radio-Serpent) se présente au monde. Ici aussi, il est question de séduction. Le cinéma d’Unglee, en conséquence, relève d’un dandysme sans décadence, qui ne témoigne d’aucune mélancolie pour une authenticité perdue, mais de la conviction philosophique selon laquelle : ESSE is PERCIPI [« Être c’est être perçu. » in George Berkeley, A Treatise Concerning the Principles of Human Knowledge (1710)]. »

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