Philippe Cote


Metacartoons
mai 3, 2016, 8:04
Filed under: Agenda

« Metacartoons » du 9 au 15 mai 2016 au Centre Pompidou. 6 jours, 15 séances, 65 films et de nombreuses rencontres avec les artistes (Martin Arnold, Zoe Beloff, Isabelle Cornaro…)

METACARTOONS # 1 : MODERNISME VULGAIRE – Lundi 9 Mai à 20h00
Séance présentée par Enrico Camporesi et Jonathan Pouthier

Cherchant à vulgariser les théories modernistes, le cartoon représente l’une des synthèses les plus abouties de la rencontre heureuse entre l’art et la culture populaire. Conçue comme une archéologie des sphères d’influences entre les productions artistiques du 20e siècle et la créativité débridée des cartoonistes, la programmation Metacartoons propose un regard croisé sur des productions à la nature sans conteste expérimentale. Repoussant à l’extrême la confusion entre les niveaux de représentation et les moyens de production, Duck Amuck (1953) de Chuck Jones illustre de manière spectaculaire cette tradition du cartoon qui fait de la mise en abyme son centre théorique. Tourmenté par les farces sadiques que lui joue son créateur, Daffy Duck s’efforce de ne pas perdre la face. Surréalistes, les situations qu’il affronte lui offrent la possibilité d’affirmer sa personnalité à l’écran et de transformer cette série de gags effrénée en une comédie existentielle. Réalisée dix années auparavant, la comédie à succès – absolument insensée et résolument jubilatoire – de H.C. Potter, Hellzapoppin’ (1941) emprunte à la créativité sans limite des cartoonistes les éléments d’une syntaxe cinématographique déjantée venant briser les unes après les autres les conventions illusionnistes du cinéma.

Chuck Jones, Duck Amuck, 1953, 35mm, coul, son, 6.58min
H.C. Potter, Hellzapoppin’, 1941, 35mm, nb, son, 84min

METACARTOONS # 2 : ZOE BELOFF, THE INFERNAL DREAM OF MUTT AND JEFF – Mercredi 11 Mai à 19 H 00

Metacartoons invite l’artiste américaine Zoe Beloff à commenter son récent travail sur le cartoon des années 1920.

Dans l’œuvre de Zoe Beloff le cartoon devient le vecteur privilégié pour exhumer des potentialités insoupçonnées de l’histoire des représentations. En proposant une archéologie fantasmée des liens entre l’animation, la psychanalyse et les sciences sociales, l’artiste relie l’invention par Bud Fisher au début du XXème siècle des personnages fictionnels de Mutt et Jeff, aux productions artistiques de l’époque, et souligne sa dimension politique.

Zoe Beloff, The Infernal Dream of Mutt and Jeff, 2011, video, nb, son, 11min
Bud Fisher, Mutt and Jeff, In Hell, 1926, 16mm, nb, son, 8.40min
Bud Fisher, Mutt and Jeff, On Strike, 1920, 35mm, nb, sil, 7min
Dave Fleischer, Ha Ha Ha, 1934, 35mm, nb, son, 6.30min

METACARTOONS # 3 : CARTOON FACTORY – Mercredi 11 Mai à 20 H 30

Séance présentée par Philippe Alain Michaud et Isabelle Cornaro

Dès ses origines, le cinéma s’aventure dans une série d’expérimentations associant le geste du dessin aux prises de vue réelles et aux effets plastiques de l’animation. Dans son commentaire du Fantasia (1946) de Walt Disney, Erwin Panofsky esquisse une définition du cinéma d’animation : « Animation signifie, par définition, qu’un processus de métamorphose prend place. Les choses sont gagnées par une vie différente de la leur, et c’est là en vérité l’unique vertu du médium (…) Aucune autre forme d’art ne peut accomplir ce miracle : faire que des objets naturels inanimés se comportent plus ou moins comme des animaux ou des machines, que les machines se comportent plus ou moins comme des humains, et que les animaux se comportent plus ou moins comme des animaux et des humains en même temps. La palette d’expressions qui être rendue par cette animation ou cette métamorphose est presque illimitée. » Conçue comme un prolongement aux considérations de l’historien de l’art allemand, la séance Cartoon Factory propose de faire dialoguer les farces et les fantasmagories cinématographiques du début de siècle avec des réalisations d’artistes contemporains. Dans la confrontation de l’animé et l’inanimé, les inventions formelles imaginées par leurs créateurs s’avèrent être d’une double nature : à la fois spectacle et vecteur d’exploration théorique.

Jack Stuart Blackton, The Enchanted Drawing, 1900, 35mm, nb, sil, 1.30min
Bud Fisher, Mutt and Jeff, Slick Sleuth, 1926, 35mm, coul, son, 7min
George Landow, The Film That Rises to the Surface of Clarified Butter, 1968, 16mm, nb, son, 8min
Walt Disney, Newman’s Laugh-O-Grams, 1921, 35mm, nb, sil, 3.23min
Emile Cohl, Fantasmagorie, 1908, 35mm, nb, sil, 2min
Robert Breer, A Man and His Dog Out for Air, 1957, 16mm, nb, sil, 1.48min
Dave Fleischer, The Cartoon Factory, 1925, 35mm, nb, sil, 8.13min
Jack Goldstein, The Portrait of Père Tanguy, 1974, 16mm (fichier num.), coul, sil, 4min
Tex Avery, Porky’s Preview, 1941, 35mm, nb, son, 6.18min
Isabelle Cornaro, Célébrations, 2013, 16mm (transféré sur fichier num.), coul, sil, 5.43min

METACARTOONS # 4 : RED GROOMS, LIVING CARTOON THEATER – Jeudi 12 Mai à 19 H 00

Séance présentée par Jonathan Pouthier

L’américain Red Grooms fait partie de la génération d’artistes pop à l’imagination débordante et à l’humour ravageur. Débutant sa carrière au milieu des années 1950 à New York, il partage avec ses amis et artistes, dont Claes Oldenburg et Jim Dine, une propension toute particulière à tourner en dérision par l’absurde les conventions de la vie moderne. Protéiforme et prolixe, son œuvre propose une confrontation amusée entre cinéma, théâtre, sculpture et peinture. Ses environnements tridimensionnels, sculptures monumentales in situ, offrent aux visiteurs qui les parcourent l’expérience d’un paysage urbain halluciné conçu de bric et de broc. Au début des années 1960, Red Grooms réalise avec la complicité de Rudy Burckhardt Shoot the Moon (1962), une fantaisie stylisée avec laquelle il rend hommage à l’imaginaire du cinéma de George Méliès tout en le parodiant. Directement inspiré des comédies burlesques, son film Fat Feet (1964) métamorphose l’univers urbain en un décor tout droit sorti d’un Comic strip dans lequel une galerie de personnages grotesques rejoue la gloire passée des fameux Keystone Cops. Surnommé par un critique américain de « Bernini du Pop-Art » après la présentation de Tappy Toes (1969), Red Grooms atteint à travers ses films une extravagance stylistique flamboyante. Réalisée dans l’environnement même de sa sculpture City of Chicago – sa première « sculpto-pictorama » conçue en 1967 – cette comédie musicale underground et résolument satirique associe à la nervosité des danses et d’une musicalité au rythme effréné, le psychédélisme des expérimentations visuelles colorées.

Red Grooms, Shoot the Moon, 1962, 16mm, nb, sil, 24min
Red Grooms, Fat Feet, 1966, 16mm, coul/nb, son, 19min
Red Grooms, Tappy Toes, 1969, 16mm, coul, son, 19.06min

METACARTOONS # 5 : L’ARTISTE ET SON MODÈLE – Jeudi 12 Mai à 20 H 30

Séance présentée par Michel Gauthier

Projection du chef d’oeuvre de Frank Tashlin « Artists and Models » en 35mm technicolor.

Le réalisateur américain Frank Tashlin (1913-1972) débute sa carrière comme cartooniste au sein des studios d’animation Van Buren avant d’être engagé en 1933 par Warner Bros où il rejoint l’équipe de la célébrissime Termite Terrace fondée par le producteur visionnaire Leon Schlesinger. Après avoir supervisé la réalisation de plusieurs dizaines de cartoons, Frank Tashlin passe aux long-métrages de fiction au début des années 1950. C’est grâce à ses collaborations avec l’acteur atypique Jerry Lewis, (il réalise avec lui huit films entre 1955 et 1964), qu’il obtiendra ses premiers succès critiques et marquera de son style singulier la comédie américaine. Personnage décalé tout droit sorti de l’univers du cartoon, Jerry Lewis déploie devant la caméra de Tashlin un humour grinçant et ouvertement corporel. De ce duo va naître une atmosphère mêlant à la fois le dessin animé, les comic strip, le gag potache et les fameuses pantomimes de Lewis accompagnées des chansons interprétées avec Dean Martin. Au summum de son art, Frank « Tish Tash » Tashlin synthétise avec Artists et Models (1955) l’ensemble des préoccupations qu’il porte à l’égard de l’utilisation de la couleur, du décor et de la lumière. Non-conformiste et volontairement antinaturaliste, cette comédie raffinée puise dans le registre de la culture populaire de son temps les éléments d’une esthétique résolument Pop.

« Tashlin n’apparaît ni comme un moderniste prisonnier d’Hollywood, ni comme un simple héritier de la longue tradition carnavalesque. Il est le révélateur d’un monde qui se réifie en une image de lui-même. En cela, Tashlin est l’artiste pop originel, au sein même de l’industrie du spectacle. » Michel Gauthier, « Les pieds dans le pop – Frank Tashlin historien d’art », Les Cahiers du MNAM, n°104, été 2008, Paris, Centre Pompidou, p. 26-52

Frank Tashlin, Artists and Models, 1955, 35mm (technicolor), coul, son, 104min

METACARTOONS # 6 : TERMITE TERRACE – Vendredi 13 Mai à 19 H 00

Séance présentée par Patrick Brion

Termite Terrace est le surnom donné au studio d’animation qui accueillait Chuck Jones, Robert Clampett, Friz Ferleng ou encore Tex Avery (pour ne citer qu’eux), à la Warner Bros. L’appellation en dit long sur ce lieu atypique, mais aussi sur ses résidents surnommés les « termites ». Dans cette séance, ce sont les personnages eux-mêmes qui rendent hommage à leurs créateurs : Bugs Bunny tente d’échapper au crayon farceur de Chuck Jones (Rabbit’s Rampage, 1955), Porky quant à lui essaye de rompre son contrat d’acteur (You Ought to Be in Pictures, 1940). La Termite Terrace est aussi le symbole de la culture populaire américaine de la première moitié du 20ème siècle, un espace imaginaire dans lequel les stars de l’époque côtoient les Looney Tunes : les Marx Brothers (Hollywood Steps Out, 1941), Lauren Bacall (Bacall to Arms, 1946), allant parfois jusqu’à transformer Bugs Bunny en cantatrice wagnérienne (What’s Opera Doc’ ?, 1957). Inévitablement, les habitants de la Termite Terrace et leurs créations auront réussi à faire leur trou dans les studios fondés par Leon Schlesinger, ainsi que dans la mémoire de tout un chacun.

Ben Hardaway, Buddy’s Theater, 1935, 35mm (sur16 mm), nb, son, 7.10min
Fritz Freleng, Merrie Melodies, She Was an Acrobat’s Daughter, 1937, 35mm (sur 16mm), coul, son, 8.3 min
Tex Avery, Merrie Melodies, Daffy Duck and Egghead, 1938, 35mm ‘sur 16mm), coul, son, 7.13 min
Friz Freleng, Merrie Melodies, You Ought to Be in Pictures, 1940, 35mm, nb, son, 9min
Tex Avery, Merrie Melodies, Hollywood Steps Out, 1941, 35mm, coul, son 7.43min
Robert Clampett, Merrie Melodies, Bacall to Arms, 1946, 16mm, coul/nb, son, 6.11min
Friz Freleng & Robert Clampett, Dough For the Dodo, 1949, 35mm (sur 16mm), coul, son, 7min
Chuck Jones, Merrie Melodies, Rabbit’s Rampage, 1955, 35mm, coul, son, 6.57 min
Chuck Jones, Merrie Melodies, What’s Opera Doc ?, 1957, 35mm, coul, son, 6.49min

METACARTOONS # 7 : MEET HOLLYWOOD – vendredi 13 Mai à 20 H 30

L’univers des Looney Tunes est indissociable de celui du cinéma hollywoodien. En parodiant allègrement le registre des productions hollywoodiennes, les cartoonistes ont fait des studios et de leurs anecdotes les motifs récurrents de leurs réalisations. Tout comme Thug With Dirty Mugs, pastiche auto-réflexif du film de gangster réalisé par Tex Avery en 1944, le réalisateur américain Chuck Russell réunit à nouveau les codes du cartoon et celui de l’âge d’or du cinéma dans son film The Mask (1994). Hommage au génie créatif de Tex Avery, le personnage du Mask, interprété par le comédien hyperactif Jim Carrey, multiplie tout au long du film les références à l’univers délirant des cartoons : hurlant à la mort, les yeux exorbités comme le loup de Red Hot Riding Hood (Tex Avery, 1943), sortant un marteau géant de la poche de son veston ou encore tirant des drapeaux estampillés « BANG ! » de ces énormes pistolets. Chuck Russell réinvente le registre de la comédie jubilatoire en y incorporant tous les codes qui auront fait du cartoon un genre à part entière : personnages clownesques et élastiques, absurdité de rigueur, punchlines décalées (« Look Ma ! I’m roadkill ! Ha Ha Ha ! »), sans oublier les fameux gadgets siglés « ACME ».

Tex Avery, Merrie Melodies, Thugs With Dirty Mugs, 1944, 35mm (16mm), coul, son, 8.50 min
Chuck Russell, The Mask, 1994, 35mm, coul, son, 101 min

LA SUITE ????

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